par Diane le 03-01-2019 à 10:36

Si vous nous appelez le matin, il y a de fortes chances que ce soit Christelle qui vous réponde et vous réoriente vers le service concerné. Découvrez le portrait de Christelle Knez, notre standardiste et chargée d’accueil. Malvoyante, Christelle travaille pour notre fédération depuis l’âge de 21 ans : elle en a aujourd’hui 40 et se montre toujours souriante et enthousiaste pour son métier.

Quel est votre parcours avant de nous rejoindre ?

Je suis devenue malvoyante à 15 ans, à la suite d’une maladie. Avant cela, je n’avais pas de problème visuel. Lorsque ma santé s’est stabilisée, j’ai été scolarisée dans un collège spécialisé pour le handicap visuel : j’y ai appris à lire et écrire le braille, à écrire en gros caractère et à mieux me débrouiller avec mon handicap. J’ai ensuite repris une scolarité dans un collège technologique où j’ai obtenu mon brevet. Puis je me suis orientée vers un BEP comptabilité. Dans ce cadre, j’ai réalisé un stage à la fédération des aveugles, au service comptabilité.

J’ai réussi la première année de BEP, mais je n’ai pas pu continuer car ma vue a baissé. J’ai dû arrêter mes études et ai obtenu une reconnaissance travailleur handicapé via la MDPH. J’ai alors été embauchée par la fédération : le directeur de l’époque m’a offert un emploi car j’avais déjà fait un stage dans l’entreprise. J’ai commencé au service chaiserie où j’ai appris les techniques de cannage et paillage pour réparer du mobilier. J’y suis resté 6 mois puis on m’a proposé de prendre un poste de standardiste et chargée d’accueil. Nous sommes aujourd’hui deux sur ce poste, avec ma collègue Béatrice.

Par la suite, j’ai passé mon diplôme de comptabilité en candidat libre : la fédération a financé ma formation avec le CNED.

Quelles sont vos tâches au quotidien ? Votre poste de travail est-il aménagé ?

Je gère le standard et l’accueil du public. Je réalise également des tâches administratives, en fonction des besoins : tri et assemblage de documents, mises sous pli, etc. Je dispose d’un télé-agrandisseur qui fonctionne comme une loupe pour lire tous types de documents. Je travaille également sur informatique avec un grand écran d’ordinateur où tout est agrandi. Il m’arrive également de faire des documents en braille : j’ai pour cela une machine à écrire pour le braille, que l’on appelle machine Perkins.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail ?

J’aime travailler ici, avec des personnes qui ont le même handicap que moi et comprennent les difficultés que je peux avoir. Je suis à l’aise ici, je n’ai pas peur. Je n’ai jamais souhaité travailler dans une entreprise « ordinaire ».

Lorsque j’ai passé mon BEP en candidat libre, j’ai fait un stage dans une entreprise ordinaire. Cela s’est bien passé mais ils n’avaient pas l’habitude d’avoir du personnel handicapé : j’ai dû emmener mon écran, mon télé-agrandisseur. J’ai été bien accueillie mais je ne me verrais pas travailler dans le milieu ordinaire, c’est plus stressant car les personnes ne connaissent pas le handicap visuel, c’est plus compliqué pour moi. Je suis vraiment contente de travailler ici, je suis bien dans mon poste. Heureusement que cette association existe, sinon je ne travaillerais pas.

Et au niveau personnel ?

J’ai un fils de 7 ans. C’était et c’est encore la grande aventure ! Avec mon problème de vue, je me suis toujours adaptée. Quand je dois me gérer seule, je ne stresse pas. Quand je dois aller dans un endroit que je ne connais pas, je fais des recherches, je regarde comment est le lieu, etc. Depuis que j’ai mon fils, c’est un stress en plus, par exemple pour faire les devoirs, l’accompagner aux sorties, etc. C’est toute une organisation. Les gens autour ne se rendent pas compte de mon handicap. Je cherche toujours des solutions pour m’adapter et réussir à faire les choses malgré tout mais cela peut être stressant.

Je le dis autour de moi, je n’ai pas honte de dire que je suis malvoyante. Je préfère que les gens le sachent pour éviter de penser que je suis bizarre, notamment quand je me déplace. Malgré cela, mon handicap ne se voit pas beaucoup, j’ai quand même de la facilité à marcher, à être autonome donc les gens oublient ou ne se rendent pas compte des difficultés qui peuvent exister. Mon fils, par exemple, commence maintenant à comprendre le handicap visuel et à faire plus attention. Il m’aide, notamment la nuit, il m’indique les obstacles, les trottoirs, etc. C’est bien car il commence à se rendre compte, même s’il a du mal à s’imaginer comment je vois, ce que je vois. Quand il faut faire des sorties ou des activités, j’essaie toujours de trouver une solution pour m’adapter et pouvoir l’accompagner.

J’ai aussi montré à mon fils le braille. Il me demande souvent comment je vois. Il existe des lunettes de sensibilisation qui simulent les problèmes de vue. Je lui ai proposé d’essayer mais pour le moment il ne veut pas, cela lui fait encore peur, il n’est pas prêt.

À la maison, j’ai un télé-agrandisseur pour lire par exemple le courrier ou faire les devoirs. Mais le reste n’est pas adapté. C’est un environnement que je connais donc je n’ai pas de difficulté particulière. J’utilise aussi beaucoup le téléphone : je prends une photo et j’agrandis sur l’écran pour mieux voir. C’est vraiment pratique.

Le plus compliqué pour moi, c’est de me déplacer la nuit. Je devrais utiliser une canne, je sais m’en servir. Mais je n’aime pas trop le faire : comme je vois tout de même, cela me fait bizarre d’utiliser une canne. Il faudrait que je m’y habitue, ne serait-ce que pour signaler aux personnes dans la rue mon handicap. Mais le symbole est difficile…

Avez-vous une passion, des loisirs ?

Oui ! Malgré mon handicap, j’essaie toujours de trouver des choses à faire. Je tricote, l’année dernière je faisais du yoga. Je marche aussi beaucoup, je viens au travail à pied.

Avec mon fils, on fait des activités manuelles, du petit bricolage. Ce n’est pas évident car parfois c’est assez petit, mais je me débrouille toujours. J’aime bien faire des choses avec mes mains et mon fils apprécie beaucoup aussi.

J’ai aussi souhaité donner le goût de la lecture à mon fils. Malheureusement, moi je ne lis pas. Je lui ai acheté des livres et maintenant, il commence à me faire la lecture !

1 commentaires sur cette actualité

  • Prince Sandra le 21 novembre 2018 à 16 h 02 min

    Bravo Christelle

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